Un chiffre, un choc : 8,8. C’est la magnitude qui a secoué le Pacifique en cet été 2025, au large du Kamtchatka. Rien à voir avec les soubresauts du quotidien, ici, c’est la planète elle-même qui bascule, là où les plaques du Pacifique et de l’Amérique du Nord s’affrontent sans relâche. L’épicentre, tout près de Petropavlovsk-Kamtchatski, a révélé la fragilité d’une région pourtant rodée aux secousses. Mais l’onde qui s’est formée ce jour-là n’a pas respecté les frontières : elle a filé à travers l’océan, déclenchant l’alerte de Tokyo à Honolulu, de la Polynésie française à la Nouvelle-Calédonie.
Japon, Pacifique : comprendre les tsunamis récents et leurs conséquences sur la société
En quelques minutes, les messages d’alerte de l’USGS et de la Japan Meteorological Agency s’invitent sur tous les écrans. Les sirènes retentissent, la mémoire des drames passés s’active. Partout sur le pourtour du Pacifique, l’évacuation s’organise. Cette fois, les vagues les plus élevées, trois mètres à Hawaï et au Japon, 2,60 mètres en Polynésie, n’emportent pas tout sur leur passage. Si la catastrophe a été contenue, c’est grâce à une réaction moins improvisée qu’autrefois. Les leçons du passé ont laissé des traces.
Trois territoires illustrent la diversité des réponses adoptées face à la menace. Voici comment chacun a mobilisé ses ressources :
- Japon : des réseaux de capteurs disséminés le long des côtes, des plans d’évacuation éprouvés, une vigilance collective ancrée dans la société
- Polynésie française : le haut-commissariat relaie les alertes, la population reçoit l’information en quelques minutes seulement
- Nouvelle-Calédonie : la sécurité civile travaille main dans la main avec les autorités coutumières pour coordonner la riposte
Ce n’est pas un épisode isolé. Les secousses s’enchaînent, le climat accélère la fréquence des glissements de terrain. L’effondrement du glacier groenlandais en 2023 l’a démontré : un méga-tsunami, neuf jours de séismes, la planète encaisse le choc. Au Japon, les grandes catastrophes servent de repères, de points d’ancrage pour tout le Pacifique qui ajuste sa préparation.
Se préparer, c’est analyser en temps réel, diffuser l’information sans délai, tester les dispositifs d’alerte, renforcer la solidarité. Les sociétés côtières l’ont compris : leur capacité à absorber le choc dépend de la précision des données, de la rapidité des consignes, mais aussi d’une culture partagée du risque.
Quand la prémonition s’invite dans le manga : catastrophes naturelles, mémoire collective et sensibilisation aux risques
Au Japon, la mémoire des catastrophes ne se limite pas aux manuels ou aux bulletins officiels. Elle circule aussi dans la fiction, sur les pages des mangas. Ici, les histoires sont traversées par l’écho des séismes et des tsunamis, parfois jusqu’à la prémonition troublante.
Le parcours de Ryo Tatsuki intrigue. Cette autrice de Future Saw a publié, dès 1999, des dessins où certains voient l’ombre du tsunami de 2011 ou du séisme de Kobe. Les réseaux sociaux s’emparent de ces planches, les confrontent aux chronologies, s’interrogent sur le hasard ou l’intuition. Rien ne prouve qu’il s’agisse de véritables prédictions, mais la diffusion de ces œuvres pousse les lecteurs à s’informer, à se préparer différemment.
Ce phénomène dépasse la seule figure de Tatsuki. Prenons la série 20th Century Boys de Naoki Urasawa : elle met en scène la peur diffuse des désastres, mais aussi la responsabilité individuelle face à la menace collective. Lorsque la fiction s’empare de la catastrophe, elle nourrit la vigilance, entretient la mémoire et invite à l’action. Dans les écoles, les universités, ces supports sont désormais mobilisés pour aborder la gestion du risque et la préparation face aux événements majeurs.
Voici quelques exemples de la façon dont le manga et la culture populaire participent à la transmission de la mémoire du risque :
- Manga : outil d’apprentissage, il sensibilise petits et grands aux dangers naturels
- Les réseaux sociaux deviennent le terrain d’un débat permanent entre croyance, analyse rationnelle et partage d’expériences
- Les souvenirs des catastrophes irriguent la transmission du savoir et forgent une culture commune de la prévention
À l’heure où la terre tremble et où la vague guette, la société japonaise, et au-delà, l’ensemble du Pacifique, continue d’avancer, portée par la mémoire, la science et l’imagination. Le tsunami n’efface pas tout : il laisse derrière lui des cicatrices, mais aussi une vigilance qui ne faiblit plus.

